05.12.2009
Face à la peur du déclin : la recherche d’une « plus grande France »
A un moment où le gouvernement français veut lancer un débat sur l'identité nationale et où certains dans l'opposition considèrent qu'il n'y a pas lieu à débat, alors que parallèlement il est question de supprimer l'histoire-géographie en section scientifique, il me paraît plus utile que jamais de réfléchir au jeu qu'on a fait jouer aux manuels de géographie sur la question de l'identité nationale des origines de l'enseignement obligatoire à l'aube du vingt et unième siècle.
Avec cette publication commence ma réflexion, particulièrement actuelle, sur la question coloniale et l'identité nationale.
Dans le développement de la conscience nationale, les deux questions majeures qui vont véhiculer le message républicain sont, dans les manuels de géographie, l’Alsace-Lorraine et l’Afrique du Nord.
Ces deux thèmes sont aussi une réflexion sur l’avenir de la Nation à travers le maintien de sa puissance : si le premier thème pose très clairement la question du déclin et des conditions de la renaissance nationale, le deuxième thème peut apparaître comme une des réponses qui a été donnée à cette question, car il a permis un discours de compensation à la défaite face à l’Allemagne.
Toutefois, comme on va le voir le débat entre certains partisans et certains adversaires de la colonisation portait justement sur l’intérêt de la colonisation pour la Nation française. L’existence d’un débat interne à la Nation française sur cette question, est un des points clés qui différencie ces deux questions. qu’on pourrait qualifier de « géopolitiques ».
La « question d’Alsace-Lorraine » était l’expression de rivalités de pouvoir sur un territoire dont chacun des deux belligérants avait une représentation opposée, au nom d’une conception différente de la Nation. Mais elle était l’objet d’un certain consensus dans la société française.
La « question coloniale », au contraire, a fait l’objet d’un débat persistant et virulent. Celui-ci ne portait pas d’abord sur l’aspect « moral » de la question mais plutôt sur l’intérêt de la Nation française dans ce qui constituait une aventure et à bien des égards un pari sur l’avenir. On verra d’ailleurs que les projections dans le futur sont ici fréquentes, aussi bien pour justifier l’intérêt économique de la conquête que pour lui donner une perspective politique (l’Afrique du Nord : une plus grande France ?). Si le territoire à propos duquel on s’affrontait, était l’Afrique du Nord, ses habitants « indigènes » en étaient exclus, le territoire d’affrontement était le jeu politique métropolitain et les rivalités de pouvoir concernaient essentiellement des lieux de pouvoir métropolitains.
Ces deux questions ont donc été liées pour des raisons historiques tenant à la défaite de 1870 face à l’Allemagne et à la reconstitution progressive d’un empire depuis la prise d’Alger en 1830. Mais, elles touchent aussi, toutes les deux, à la puissance de la Nation, à son territoire, et concernent l’identité de la Nation France, à travers sa conception de la nationalité.
Par ailleurs, elles ont laissé des traces dans l’inconscient collectif français.
Concernant l’Alsace-Lorraine, les auteurs de manuels s’interrogeaient sur les rôles respectifs de la géographie physique dans la délimitation du territoire national, de l’histoire, de la volonté de vivre ensemble et de la langue dans la définition de la nationalité.
On verra, à travers l’étude de l’Afrique du Nord, que la religion et les modes de vie vont supplanter la langue. Dans cette partie, la géographie physique et l’histoire vont également jouer un rôle important. La difficulté est ici bien plus grande car il s’agit de démontrer une incertaine « continuité » territoriale avec la métropole et temporelle avec « l’Afrique du Nord romaine ».
Or, à l’heure où la France est contrainte de réfléchir à la persistance de son identité nationale traditionnelle dans le cadre d’une Europe où certains craignent le poids de l’Allemagne, de la redéfinir devant le triple défi que représente l’existence en son sein d’une importante communauté de Français d’origine maghrébine et d’un fort courant nationaliste hostile à cette communauté, ainsi qu’au développement au niveau mondial d’un islamisme radical hostile à l’Occident, il est utile de mieux connaître les représentations des rapports de la France avec l’Allemagne et le Maghreb. qui ont été transmises à des générations de Français par les manuels scolaires.
Pour le Maghreb, plus encore que pour l’Allemagne, les représentations d’hier jouent un rôle non négligeable dans celles d’aujourd’hui. Ainsi, la manière dont on a représenté, pendant la période coloniale, les populations « indigènes » algérienne, tunisienne ou marocaine dans les manuels scolaires de géographie, n’est, à l’évidence, pas neutre dans le jugement actuel porté par certains Français sur la communauté d’origine maghrébine vivant en France, quelle que soit la nationalité réelle de ses membres.
Ce d’autant plus, que cette part non négligeable de la population française, n’est pas la moins « visible » pour de multiples raisons. Les jeunes adultes issus de l’immigration maghrébine sont ainsi, ceux qui incarnent en partie l’image internationale de la France dans le sport ou la musique, par exemple. En même temps, ses membres les plus jeunes sont souvent au centre de l’actualité, concernant les problèmes de nos villes. Ainsi, se dessine une image complexe et contrastée du jeune Français d’origine maghrébine. L’un des objets indirects de cette partie est d’en comprendre, les origines.
13:55 Publié dans Afrique du Nord française | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : enseignement, géographie, manuels, identité nationale, maghreb, empire colonisation
29.11.2009
Sur la « question d’Alsace-Lorraine », les dirigeants de la troisième République ont cherché à assurer la légitimité du nouveau régime en associant dans l’esprit des Français, la République et la défense de la Nation.
Avec l’amorce du développement économique et l’ébauche de la construction européenne, la description de l’Alsace-Lorraine devient principalement économique.
Il est assez significatif du rôle idéologique des manuels scolaires et de la nature géopolitique de la question d’Alsace-Lorraine, que celle-ci ne disparaisse totalement des manuels qu’au moment où les gouvernements français recommencent à se situer dans une perspective de coopération franco-allemande à dimension européenne. Sa persistance jusqu’aux années cinquante était déjà assez révélatrice d’une non-réconciliation franco-allemande dans l’entre deux guerres, alors même que l’Alsace-Lorraine avait été récupérée dès 1918.
La modification des thèmes privilégiés par les auteurs suivant les différentes périodes était aussi un indice de la fonction idéologique de cette question.
Ainsi pendant l’occupation, la glorification d’une « France bénie des Dieux », la référence lancinante à une Gaule mythique vers laquelle il faudrait tendre, le rappel insistant de la nécessité d’une défense puissante et d’une volonté sans faille sur la frontière « ouverte » de l’Est face à un ennemi « agressif », correspondaient à la soufFrance de la perte de l’Alsace-Lorraine que manifestait aussi la représentation cartographique ambiguë des territoires perdus.
La récupération de ces territoires fit disparaître certains thèmes. Toutefois, le développement d’autres thèmes déjà présents avant 1914, tel le caractère profondément français des populations d’Alsace-Lorraine ou la situation de marche-frontière de cette province, montrent la persistance d’une tension, ravivée par la troisième guerre franco-allemande en soixante-dix ans.
L’amorce de la disparition de la question d’Alsace-Lorraine dans les manuels scolaires coïncide avec l’ébauche du règlement du contentieux franco-allemand. Ainsi, les manuels du milieu des années cinquante marquent véritablement une rupture avec les manuels antérieurs. Même si certains éléments traditionnels de la description de l’Alsace-Lorraine sont encore présents, la passion a ici disparu en même temps que les termes militaires, les représentations cartographiques et photographiques de la frontière et de ses défenses.
Dans un manuel de troisième de 1954 (Éditions Ligel) rédigé par un ensemble de professeurs dont les noms ne sont pas précisés, on retrouve dans un article très court, les éléments traditionnels de description de la Lorraine : le caractère d'état tampon, l'état de guerre perpétuel qui a fait le Lorrain sérieux, travailleur et patriote, la frontière linguistique qui traverse la province.
De même, le manuel de première de J.-P. Moreau, Y. Pasquier et M. Ozouf (Éditions Nathan) de 1958 reprend des thèmes anciens. Ainsi, le vocabulaire militaire réapparaît, puisqu’on parle de « voies de passage pour le passage des armées »,de « nombreuses forteresses » et de « de champs de bataille ». On parle de nouveau du « patriotisme ardent » des Alsaciens et des Lorrains, des « brillants généraux » et des « ravages des guerres ». Les mots de « destin tragique » et de « courage » sont employés. La double origine, latine et germanique, qui se traduit dans la langue est aussi rappelée. On parle de la région du Nord-Est comme d’une « zone de contact entre civilisation latine et civilisation germanique » et d’un « grand carrefour qui n'a pas cessé d'être disputé à travers l'histoire ». On voit donc que l’ensemble des développements habituels est présent dans cet ouvrage de la fin des années cinquante, alors que l’Alsace et la Lorraine sont revenues à la France depuis près de quarante ans (même si la seconde guerre mondiale a ravivé les passions) et que cette question pourrait paraître avant tout historique. Il est fait appel, pour la première fois dans ce corpus, à La France de l’Est de P.Vidal de la Blache pour expliquer les nuances d’accents, de mœurs ou de caractéristiques physiques des populations. Les auteurs citent un passage de la France de l’Est afin d’appuyer leur description de cette « marche » dont l’existence est dominée par les « conflits généraux des Etats et des peuples ».
Les ensembles géographiques auxquels il est fait référence sont d’ailleurs plus vastes que la France et l’Allemagne, puisque qu’on parle de contact entre peuples « méditerranéens » et « nordiques ». L’affrontement entre Etats est aussi évoqué puisqu’on parle de rivalités entre « empires voisins » et des variations de la frontière « selon les vicissitudes de la politique et la fortune des armes ».
Surtout, plusieurs évolutions sont à noter. Dans le texte, les développements sur l’économie se multiplient. Ainsi, la région est présentée comme couverte d’usines et attirante pour la main-d’œuvre, notamment étrangère. Ce renouvellement des représentations vers des thèmes économiques est sensible, même si, dans ce domaine, les nouvelles représentations continuent à côtoyer les anciennes.
Il a fallu attendre l’ouverture européenne et la réconciliation franco-allemande pour que l’image de la région Est se modifie sensiblement. On pourrait trouver là, une preuve supplémentaire du caractère géopolitique des représentations géographiques scolaire de la France.
Avec les années soixante et soixante-dix, les anciennes représentations disparaissent totalement, manifestant ainsi que la question d’Alsace-Lorraine est réglée alors même que se produit la réconciliation franco-allemande et s’amorce véritablement la construction européenne. Avec la transformation économique de la France, une nouvelle image de l’Alsace-Lorraine apparaît qui transforme le thème traditionnel de la région de contacts (essentiellement guerriers jusqu’alors) en région d’échanges (essentiellement économiques).
Le mouvement vers la géographie économique va se développer dans l’ensemble des manuels, en particulier à travers le renouvellement de l’iconographie cartographique et photographique. Ainsi, aux représentations de la frontière et de ses défenses vont succéder des représentations économiques (notamment pour la Lorraine). Cette mutation de la géographie s’amorce au moment où une nouvelle économie se met en place au niveau mondial et où la France entame une véritable mutation économique et sociale. L’euphorie provoquée par le développement économique rapide, la forte progression du niveau de vie et la modernisation accélérée du mode de vie vont, pour un temps, faire passer au second plan les questions politiques, tout au moins dans les manuels.
Le discours patriotique sur la Nation française va, en fait, s’incarner tout entier dans la personne du Général De Gaulle. Ce mouvement s’explique par plusieurs raisons. Tout d’abord, le rôle historique de celui-ci dans la libération de la France et le discours qu’il tient depuis le 18 juin 1940 vont faciliter cette assimilation : « De Gaulle c’est la France ». Par ailleurs, une partie du corps enseignant va se sentir ainsi déchargé de l’obligation de tenir ce discours, alors même que les menaces extérieures s’éloignent de la France, que le temps est à la réconciliation franco-allemande, et qu’elle a à sa disposition un discours de rechange sur le développement de la puissance économique de la France. Enfin, les enseignants de gauche vont, pour une partie d’entre eux, devenir anti-colonialistes, internationalistes et anti-étatiques. Ils vont alors massivement rejeter le discours sur la Nation, au profit d’un discours sur la libération des peuples et sur les inégalités économiques et sociales.
Cela dit, les représentations scolaires de la France qui sont données dans cette période, n’en sont pas moins très porteuses d’un patriotisme latent, même si le ton change. La France est alors un pays qui retrouve sa puissance, en modernisant son économie, en retrouvant son indépendance militaire, en améliorant le niveau de vie de ses habitants, en s’engageant dans des paris technologiques. L’iconographie de cette période est éloquente dans ce domaine : on trouve ainsi des images de l’avion Caravelle, de l’Aéroport d’Orly, de nombreuses images d’usines ou de nouveau produit de consommation. Toutefois, si le discours patriotique devient implicite et si en particulier les références au passé de la Lorraine deviennent rarissimes, surtout par rapport à l’importance du corpus d’observation sur cette période, elles ne sont pas complètement absentes ni inintéressantes, comme on va le voir dans deux derniers manuels présentés. Le mot de « carrefour » entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud, commence à être employé. On insiste sur la richesse industrielle qui est comparée à celle de l’Allemagne Rhénane, signe que l’Allemagne commence à jouer un rôle de référence dans ce domaine. La persévérance de la population vient remplacer le patriotisme antérieur. De manière traditionnelle, le dynamisme démographique est présenté comme un facteur de force, économique et non plus militaire.
La perspective européenne commence à éclairer d'un jour nouveau son destin. On voit même apparaître encore très marginalement les thèmes du « cœur de l’Europe » et de « coopération transfrontalière » que l’on retrouvera omniprésents dans les derniers manuels de première (1997), comme nous le dans la troisième partie. Dans cette optique, le Nord-est se retrouve au centre d’une « Europe axée sur le Rhin ». Le travail de nombreux Alsaciens Lorrains en Allemagne, l’existence de complexes industriels transfrontaliers sont vus comme des facteurs d’unité de ces « régions jadis écartelées ». Toutefois, même si cela devient l’exception et non plus la règle comme précédemment, on retrouve les mêmes éléments traditionnels présents dans tous les manuels jusque dans la fin des années cinquante : marche frontière entre monde latin et monde germanique, ravages de la guerre, patriotisme, fortifications.
C’est par exemple le cas d’un manuel de première de 1973 (Éditions Belin) rédigé par deux professeurs agrégés (V.Prévot et W. Diville) avec la collaboration de deux universitaires de la faculté d’Aix-en-Provence (H. Isnard et L. Pierrein).
On notera, toutefois, des transformations dans le traitement de ces questions.Ainsi, l’annexion à la couronne de France est décrite comme le fruit d’un « long et patient effort ». D’ailleurs, on nous précise que ce processus a duré deux siècles, tout en nous rappelant le grand nombre de guerres et la grande variété d’époque des fortifications. Certes, la référence est rapide et le ton mesuré, mais on va jusqu’à rappeler l’intégration au second Reich entre 1871 et 1918. Les anciennes craintes ressurgissent de temps à autre puisque les auteurs craignent les effets centrifuges d’une Europe Rhénane dynamique sur une Alsace et Lorraine mal aménagée. De la même manière en 1997, les auteurs craindront que le déplacement vers l’est du cœur de l’Europe ne marginalise la France. On passe donc d’une crainte de conquête guerrière brutale à une colonisation économique plus insidieuse. L’Allemagne passe ainsi du statut de puissance ennemie militairement agressive à celui de puissance économiquement menaçante. Même si elle change de forme, la peur de la domination allemande est encore présente dans la représentation française de l’Allemagne.
Un manuel de première de 1988 (Bordas) sous la direction d’A.Frémont avec des professeurs agrégés de lycée (R.Denizeau,G.Grimaud,B.Perrier) et des maîtres de conférences de l’Université Paris X-Nanterre (F.Beaucire,G.Harend,Th.Rouyrès) présente aussi des éléments traditionnels. Ils sont tirés du deuxième chapitre de la partie sur la France de l’Est (« Les régions du Nord et de l’Est »).
Ainsi, dans le premier texte sur la Lorraine, le caractère disputé de cette région, son partage linguistique, sa position frontalière, sont évoqués d’emblée. On insiste d’abord sur son caractère de région historique ne s’appuyant sur aucun obstacle naturel, notamment en rappelant l’existence de la Lotharingie. Son caractère est expliqué par sa position frontière. Les conséquences politiques internes des fluctuations de celle-ci et en particulier de l’annexion de 1871-1918 sont mentionnées (existence de deux métropoles concurrentes). Enfin et surtout, pour les auteurs, sa position géographique particulière a eu des conséquences néfastes pour son développement économique au moment où d’autres grandes régions industrielles se formaient en Europe.
A l’inverse de la Lorraine, l’homogénéité notamment naturelle de l’Alsace est affirmée et même considérée comme l’une des plus fortes en France. Toutefois, les auteurs ne manquent pas de rappeler que le « puissant sentiment régional » s’appuie sur « une histoire mouvementée ». Cette identité se manifeste nettement dans les paysages et dans la langue. On trouve ici réunis deux éléments importants qui fondent une nation : une histoire commune mouvementée qui cimente l’unité, une langue propre qui manifeste une particularité. Cet élément est important, car ce qui fait la différence fondamentale avec les textes antérieurs, c’est justement l’absence de toute référence au sentiment national parallèlement à ce sentiment régional fort. La particularité alsacienne est développée par l’étude des grandes villes qui montre le rôle joué par les protestants dans le développement économique et le rayonnement de la région. Le texte se conclut sur une référence à la nouvelle situation de l’Alsace dans un cadre européen.
Les documents choisis pour terminer cette partie sur l’Alsace-Lorraine sont tirés du chapitre introductif de la partie sur la France de l’Est (« La France contrastée »). Ils en constituent la deuxième leçon.
Ces documents mettent l’accent, comme le faisaient les textes du début de notre période, sur l’importance de la géographie physique. Ainsi, le premier paragraphe oppose de nouveau la « frontière artificielle » de la Mer du Nord au Rhin aux « axes naturels de communication » que seraient l’Escaut, la Meuse et la Moselle. La frontière n’est artificielle que jusqu’au Rhin, celui-ci constituant une frontière naturelle à l’Alsace. L’une des caractéristiques intéressantes d’une telle frontière semble être, pour les auteurs, le fait qu’elle concentre les possibilités de passage à quelques points « stratégiques » (cols et ponts) permettant un contrôle plus aisé de la frontière. De telles représentations peuvent surprendre à l’époque des transports à grande vitesse, de l’arme atomique, des satellites espions, des missiles intercontinentaux, et de la primauté des bombardements aériens.
Le rôle du relief en particulier est mis en avant dans deux cartes.
Dans la première, la frontière de l’Alsace-Lorraine apparaît très nettement comme une trouée béante face à l’Allemagne, entre deux masses de « relief élevé » curieusement mises sur le même plan (les Alpes et les Ardennes), alors que les Vosges apparaissent à peine.
De même la carte sur les conséquences de la première guerre mondiale où apparaissent les fronts du 15/9/1914, l’avancée maximale des allemands, et les frontières de 1871-1914 et actuelles, laisse apparaître le relief.
Le rôle de la position frontalière est exposé dans un texte et dans une carte.
Un texte présente d’abord l’instabilité frontalière comme un handicap pour l’industrialisation de la Lorraine, alors que la proximité d’une frontière stable a, au contraire, été un élément favorable dans le Nord et dans le Jura. Le texte se conclut par l’influence de « l’effacement des frontières » sur la région. Notamment les tendances centrifuges liées à la puissance économique de Karlsruhe, Sarrebruck, Fribourg qui provoquent des migrations journalières.
La dernière carte sur les grands axes de communication présente indirectement la frontière d’une manière assez curieuse. Tout d’abord, Celle-ci semble passer simultanément par Genève, Bâle, puis dans sa partie nord par Sarrebruck. Surtout, elle disparaît entre Sarrebruck et Strasbourg et semble ainsi illustrer l’idée d’effacement des frontières, et d’ouverture vers l’Europe.
Sur la « question d’Alsace-Lorraine », les dirigeants de la troisième République ont cherché à assurer la légitimité du nouveau régime en associant dans l’esprit des Français, la République et la défense de la Nation.
On sait que dans ce projet politique, l’enseignement était un enjeu d’importance stratégique. Les différentes lois tendant à rendre cet enseignement gratuit et obligatoire étaient à l’évidence faites pour développer la scolarisation de la population, pour des raisons d’intérêt national, un « peuple ignorant » étant « incapable de mener à bien ses affaires » . Ainsi, la France pourrait « devenir, par l’instruction et l’éducation de ses enfants, la nation la plus instruite et la meilleure de tout le monde civilisé ».
Mais elles étaient aussi faites pour donner au gouvernement un moyen efficace pour faire passer dans le plus petit village, son message républicain, afin de faire des petits Français « de bons pères de famille et de bons citoyens » et des plus doués d’entre eux des « savants » éventuellement au service de la « défense nationale ».
Encore fallait-il pour cela, au-delà de la généralisation de la scolarisation, contrôler cet outil.
C’est pour cette raison qu’une laïcisation de l’enseignement est également nécessaire, l’Église, adversaire de poids de la République, étant très largement en charge de l’enseignement jusqu’alors. Car elle aussi avait compris depuis longtemps que le contrôle du savoir est une des clés du pouvoir ou de son contrôle.
L’un des moyens les plus à même de développer chez les jeunes Français une conscience nationale républicaine était, à l’évidence, la présentation de la question d’Alsace-Lorraine dans les manuels d’histoire mais aussi de géographie, dans le contexte patriotique de la perte d’une partie du territoire national.
On sait que l’enseignement associé de ces deux matières, dès l’école primaire, est une spécificité française.
Cela tient en partie au développement de la géographie universitaire sous la puissante protection des historiens, mais la fonction éminemment géopolitique de cet enseignement n’y est sans doute pas étrangère, non plus.
L’histoire était là pour raconter l’éveil d’une conscience nationale dans le peuple français et pour rappeler les moments importants de la grandeur française.
La géographie était en quelque sorte là pour donner corps à cette Nation France, pour en imposer l’évidence à travers la description du territoire français, de sa construction, de ses spécificités physiques et humaines.
21:05 Publié dans Alsace-Lorraine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alsace, lorraine, république, nation, identité, langue, territoire, enseignement
Jusque dans les années cinquante, une affirmation ferme, acerbe et quelquefois agressive des « droits français » sur ces territoires
Les développements sur l’origine des peuples du Nord-Est du manuel de première de M.Fallex, A.Gibert et A.Mairey (Éditions Delagrave, 1930) rappelle leur nature celtique. À cette occasion, la primeur est donnée à l’histoire sur la géographie humaine. Ce qui compte fondamentalement pour les auteurs, c’est que l’Alsace ait été « habitée depuis les temps les plus reculés par les Celtes » puis « romanisée comme le reste de la Gaule », et surtout qu’elle ait « gardé à travers les âges, malgré bien des vicissitudes politiques, le même fond celtique de population et la même forme latine de civilisation ».
Le caractère « capricieux » et « artificiel » de l’histoire est ensuite développé, à travers la description des « vicissitudes politiques » qui provoquèrent les intégrations successives de cette région à la France et à l'Allemagne.
On y rappelle qu'elle fut incorporée à la monarchie franque jusqu'au IXe siècle avant d'être « rattachée par la violence à la Germanie ». Sans doute doit-on voir dans cette dernière expression une allusion transparente à l’annexion de 1871 dont le caractère « brutal » sera évoqué dans la suite du texte. Visiblement, pour les auteurs, l’Allemand reste le barbare de l’Antiquité.
Le caractère fondamentalement français de l’Alsace est développé, et les huit siècles d’occupation allemande semblent, pour les auteurs, avoir « glissés » sur la société alsacienne. Ainsi seul son retour à la France en 1681 lui donna la « pleine conscience de sa nationalité ».
Le caractère naturellement bienfaisant de la Nation française semble s’exprimer dans le fait que les Alsaciens acceptèrent de sacrifier leur « particularisme provincial » pour « se mêler intimement et avec joie à la vie française qui était la leur ». Par la suite, l’appartenance à la Nation française s’est confirmée, selon cette description, sans aucun état d’âme.
Ainsi pendant l’annexion, la revendication du « droit invariable de redevenir membre de la famille française » fut « inlassable », « l'élan irrésistible », « l'enthousiasme unanime » pour reprendre leur « place au foyer commun ». Les « détails » de l’histoire que sont les tentations autonomistes d’une partie de la société alsacienne sont ici totalement passés sous le silence.
Les traces linguistiques de ces fluctuations historiques, et les « preuves » de l’antériorité de l’identité française sont recherchées dans l'ancienneté et la fréquence des désinences romanes par comparaison avec les désinences germaniques plus récentes et « concentrées » ou « localisées ».
L’attachement à la France et la « perfidie » de l’occupant sont relevés dans l'évolution de la population après 1870 qui est décrite comme un « double mouvement d'exode et d'immigration ».Par leur « exode », les Alsaciens montrent leur attachement à la France, pendant que les Allemands cherchent à « s'insinuer dans la société indigène sans réussir à la pénétrer ».
La description des traits généraux de caractère de l'Alsacien est intéressante. Elle révèle un peuple mêlant des traits supposés « français » et d’autres plus « allemands ». Dans la première catégorie, on trouve ainsi la bonne humeur, l'esprit frondeur, l’idéal de démocratie, d'égalité, de bienfaisance. Dans la seconde catégorie, on peut classer une gravité robuste, le goût des plaisirs bruyants de la bonne chère, la fidélité à sa langue, un dialecte allemand. De la même manière, l’attachement de l’Alsacien est décrite comme double. Mais, s’il est partagé, c’est entre son identité régionale et sa patrie, la France et non entre la France et l’Allemagne. D’ailleurs son sentiment d’être « pleinement français » s’exprime dans un « patriotisme toujours en éveil » et un grand « courage militaire ».
Pour la Lorraine, le manuel parle d’une zone de passage et d’une « marche entre civilisations latine et germanique, elle commença à être disputée par la France et l'Allemagne ». Mais les auteurs rappellent que « toute la Haute-Lorraine, que préservaient l'Ardenne et les Vosges, resta toujours française » et que « seule la portion septentrionale fut germanisée ». Son caractère celtique très ancien est rappelé. Pour la première fois, la limite précise des langues est évoquée pour contester la thèse allemande de communauté de langue avec la Lorraine occupée. Les auteurs affirment qu’elle s'établit à l'Est de Metz, entre la Nied française et Nied allemande et que seules des explications stratégiques justifiaient l’occupation de Metz.
Les Lorrains ne forment pas un groupe, mais se distinguent par « leur caractère froid, réfléchi et volontaire, ordonné et pratique » et « un ensemble d'habitudes communes » résultant du milieu physique. L’homme, lui-même, apparaît ici façonné par la géographie physique. C’est en quelque sorte l’âpreté du milieu qui a fait l’âpreté du caractère lorrain.
A noter une remarque très instructive sur la représentation de l’Allemagne, qui résume le ton général du manuel : l’architecture bâtie en Lorraine par les Allemands après 1871 est jugée « raide et sans âme », « à leur image ».
Le même chapitre est illustré d’une carte sur les divisions administratives où apparaissent pour la première fois, et de manière exceptionnelle dans ce corpus, les deux frontières, celle de 1870 et celle de 1871. On y voit ainsi les évolutions, de manière assez confuse, du fait de la profusion des inscriptions sur la carte et son caractère monocolore : les anciens départements de la Moselle et de la Meurthe, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, ainsi que l’apparition du territoire de Belfort et du département de Meurthe et Moselle. Toutefois, la situation d’après-guerre n’y est pas représentée puisque apparaissent les appellations allemandes (traduites) de Lorraine, et Haute et Basse Alsace. Seule évocation de la situation d’après guerre : la représentation de la Sarre sous administration française depuis 1920. L’échelle de la carte est la plus grande utilisée jusqu’alors (1/2 500 000) et le cadrage le plus étroit (225 km sur 275 km), centré sur l’Alsace et la Lorraine.
Dans le manuel de première de L.Gallouédec et F.Maurette (Éditions Hachette,1933) le ton est très différent du manuel de 1930. Par ailleurs, l’origine du peuplement précoce n’est pas précisé. Mais, comme en 1930, son adhésion immédiate à « la nationalité française », et son esprit d'indépendance, sont notés.Le texte concernant la Lorraine, est presque mot pour mot celui de 1913. Mais fait important, la fin du texte a été supprimée. Or, celle-ci faisait référence à un « état perpétuel de lutte » qui « a gravé son empreinte sur le caractère des habitants », sérieux, braves, héroïques, âpres, batailleurs et patriotes du fait de leur contact permanent avec l’étranger. Ici, plus de trace de lutte, d’héroïsme, de batailles, de patriotisme et de chardon dans les armoiries lorraines.On voit que les textes sont plus courts et le ton plus apaisé qu’en 1913 et 1930. Par ailleurs, aucune référence n’est faite à l’occupation et aucune représentation cartographique de la frontière ne complète ces textes.
Le manuel de CM sous la direction de J.Brunhes (Éditions Mame,1937), avec la collaboration pédagogique d’un Directeur (E.Bocquillon), d’un professeur d’École Normale (G.Mathière) et d’un Inspecteur (P. Dufrenne) comporte un texte et un dessin intéressants.
Tout d’abord, on trouve un dessin de couverture pleine page en couleur dont l’auteur est très populaire. Par ailleurs, l’auteur du manuel lui-même est le grand géographe Jean Brunhes. Ces deux éléments contribuent à donner une audience importante à ce manuel.Le dessin est signé de l’écrivain, dessinateur et caricaturiste alsacien Jean-Jacques Waltz (1872-1951), surnommé Hansi, né à Colmar sous l’occupation allemande, auteur de trois ouvrages populaires qui lui valurent des démêlés avec les autorités allemandes : Le professeur Knatschke satire des maîtres d’école allemands et L’Alsace racontée aux petits enfants par l’oncle Hansi en 1912, puis Mon Village en 1913. C’était visiblement un auteur très connu « de tous les petits Français et Françaises », susceptible d’attirer la sympathie et l’intérêt des élèves.
Le reste de l’ouvrage est abondamment illustré de dessins, de cartes en couleur, d’aquarelles et même de photographies aériennes. L’auteur insiste dans sa préface sur l’importance de l’illustration. C’est une Alsace gaie qui nous est présentée, sans doute heureuse d’avoir retrouvée la mère-patrie, et où de nombreux enfants (11 personnages sur 14) de rendent à l’école en costume traditionnel. J.Brunhes avoue tout de même qu’il s’agit là d’une représentation qui correspond seulement à la petite douzaine de villages restés authentique. Une grande part d’affectivité est présente dans ce texte où l’on parle de « chère Alsace recouvrée » et d’image touchante, et où la beauté est évoquée deux fois.
On peut s’étonner d’une telle insistance presque vingt ans après la récupération de l’Alsace et de la Lorraine. De ce point de vue, la date de parution du manuel est trompeuse car elle ne correspond pas à la date de rédaction des textes de J.Brunhes qui est mort en 1930. Cette orientation date en fait de la fin des années vingt, soit une dizaine d’année après le retour à la France de ces provinces. La comparaison avec les deux manuels précédents de la même époque est instructive, car le ton est très différent de ces deux manuels.
Concernant la représentation de la région Nord-Est proprement dit, le choix de l’auteur ayant été de découper la France en régions d’origine essentiellement géologique, elle s’étend des Ardennes, à la Saône et au Rhin.
La représentation de la frontière est intéressante car les choix graphiques de l’auteur (surlignage de la frontière par une couleur propre à chaque pays) a pour effet de donner à la frontière franco-allemande (surligné en jaune pâle) un caractère moins tranché que la frontière franco-belge, franco-suisse (surligné en violet) ou franco-luxembourgeoise (surligné en vert).
Pour le texte, notons quelques remarques rapides :
- les Alsaciens et les Lorrains sont « travailleurs, fiers et braves ».
- la « mauvaise volonté des pouvoirs publics allemands » à faire de Strasbourg un port important sur le Rhin.
On voit donc que dans l’ensemble, ces textes et illustrations suggèrent une affirmation ferme, mais modéré dans le ton, des droits de la France face à l’Allemagne, mais aussi une certaine volonté de coopération future.
Le manuel de première d’E.Baron (Éditions de l’École,1945) de l’immédiat après-guerre, très probablement écrit durant la guerre continue dans la même voie que les manuels d’avant-guerre.
Le premier texte tiré du chapitre sur l’Alsace, montre le caractère non linguistique de la conception de la Nation française puisqu'il débute par cette phrase : « Les Alsaciens sont une population française parlant un dialecte germanique ». Ainsi, l’élève comprend que ce qui fait la nationalité n’est pas ce qui paraît distinguer les peuples au prime abord, la langue, mais quelque chose de plus subtil.
L’auteur va même plus loin puisqu’il considère que les Alsaciens correspondent à « la définition même de la race française », « population celtique, latinisée par la domiNation romaine ».
Comme dans la représentation du manuel Brunhes de 1937, L'Alsace est présentée comme « heureuse », « riche », « gaie », « pittoresque » et « fleurie ». De manière exceptionnelle, la pratique d'un dialecte germanique est même attribuée aux « fluctuations de l'histoire, qui l’ont fait à plusieurs reprises passer sous la domiNation du Saint-Empire et de l'Allemagne » et non à une origine raciale germanique. Tout dans la suite du texte veut évoquer la France : la clarté du ciel, la richesse de la terre, le « sang français », la « pensée latine ». Cet ensemble de facteurs a contribué à donner au peuple alsacien un « tempérament […] indépendant et fier » et « une bonne humeur un peu frondeuse, si française, si différente du tempérament allemand ». On retrouve ici comme on le voit, des accents du manuel de première de 1930, mais peut-être plus encore des manuels d’avant 1914.
Dans le manuel de troisième (Éditions Masson,1948) de P.Hallynck (Professeur Agrégé) et d’A.Ferré (Directeur d’École Normale), les auteurs notent la progression de la langue française, « grâce à l'école » dans les cantons lorrains annexés par l'Allemagne quoique l'Allemand ait été « imposé et favorisé » par une forte immigration allemande pendant l'occupation. On voit donc que, si le ton est mesuré, la lutte continue par l’intermédiaire de la langue, puisque la volonté récente de colonisation allemande par ce biais est rappelée ainsi que le rôle politique de l’école dans ce combat. En contrepoint, est traité le rattachement économique du territoire de la Sarre. Il n’est pas douteux que le fait de traiter ce territoire allemand est là comme une revanche contre l’occupation et la revendication allemande sur l’Alsace-Lorraine. On nous rappelle d’ailleurs qu’il ne s’agit « en rien d’une annexion politique », puisque, nous dit-on, le « gouvernement indépendant » de la Sarre a « librement accepté cette situation ». On peut s’interroger sur la liberté de choix et l’indépendance politique d’un tel gouvernement après la défaite militaire écrasante subie par l’Allemagne.
Les auteurs vont d’ailleurs beaucoup plus loin, puisqu’ils nous rappellent les « droits historiques » de la France sur ce territoire « français jusqu'en 1815 », qui « ne nous avait pas été restitué en 1919 ». Même le plébiscite de 1935 qui avait abouti à son annexion sous le régime hitlérien est expliqué par une « forte immigration prussienne » après 1815. En quelque sorte, il n’y aurait eu là que la même politique de colonisation insidieuse par immigration qui avait été menée en Alsace et en Lorraine, la seule différence résidant dans l’ancienneté du processus. La Sarre, déjà discrètement représentée (sur les cartes économiques et physiques de l’Alsace et de la Lorraine) et rapidement évoquée (sous l’angle exclusivement économique) dans les manuels Brunhes, fait ici une entrée beaucoup plus voyante.
En dehors de l’introduction citée, très politique, elle est étudiée sous l’angle physique, économique et humain. Par ailleurs, elle a le droit à une carte et une gravure propre. La limite qui la sépare de l’Allemagne est deux fois sur trois une limite internationale, et qu’elle est toujours visuellement bien isolée de celle-ci.
Pour finir, en rapport avec la nouvelle représentation de cette région dans les années cinquante (la puissance industrielle), on note une référence à une nouvelle menace : l’importance de l’immigration italienne et polonaise dont le nombre « est plus élevé que celui des Français » dans certains cantons.
Le manuel de première de L.François (Inspecteur Général) et R.Mangin (Professeur Agrégé) de 1952 (Éditions Hachette) ne déroge pas, à ce ton encore très acerbe, certains textes de ce manuel rappelant ceux de L.Gallouédec de 1912-1913. Ainsi, l’histoire et le présent essentiellement militaires de la Lorraine sont rappelés avec insistance. « Camps retranchés », « champs de batailles illustres » et « grands généraux » sont abondamment cités. Le caractère « souvent disputée » et les risques permanents de guerre dans cette « marche frontière, si souvent ravagée et morcelés par la guerre » sont évoqués. Le vocabulaire est militaire et assez exalté.
De manière traditionnelle, on insiste sur les « vertus patriotiques et militaires » des Lorrains et on évoque la non-coïncidence de la frontière linguistique et de la frontière politique et du mélange des « peuples français et germaniques ».
Un deuxième texte rappelle rapidement l'histoire de la Lorraine, de la Lotharingie jusqu’au traité de Francfort (1871) et la reconstitution de son unité en 1919. Le rôle de cette évocation historique est sans aucun doute d’appuyer sur cette vocation de « marche frontière » de la Lorraine, dès l’époque de la Lotharingie, région intermédiaire instable entre Francie et Germanie. Toutefois, de manière plus « moderne », on insiste maintenant sur la puissance industrielle et agricole de cette région.
De même, la Sarre n’est évoquée, que sous un angle très économique (« l’Union économique franco-sarroise »), dans le chapitre de conclusion sur « l’Union française dans la Monde », entre le déficit des échanges et l’accroissement du trafic avec les pays d’outre-mer. Seule évocation politique : l’autonomie de l’Etat sarrois, l’adoption du franc comme monnaie et le report de la ligne de douane à la frontière germano-sarroise.
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